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  • Photo du rédacteurChristophe COUPEZ

Témoignage : Christophe Coupez

Je suis tombé dans l’informatique étant petit, comme Obélix est tombé dans la marmite de potion magique. Je fais partie de ces chanceux qui ont eu une vocation très jeune et qui ont fait de leur passion, leur métier.


En 1975, j'avais cinq ans. Je me souviens que je m'étais fabriqué un ordinateur de bois et de carton que j’avais posé fièrement sur mon petit bureau, dans ma chambre. Cet ordinateur imaginaire avait de multiples voyants, cadrans et boutons que j’avais découpés dans du carton et collés sur une planche de bois. L’ordinateur ressemblait à ces grosses machines qu’on voyait à cette époque à la télé, avec des armoires de lecteurs de bandes magnétiques. Je jouais à l’informaticien en manipulant tous les boutons de ma console dernier cri.


Mais tout a vraiment commencé en 1981 lors que Sir clive Sinclair a commercialisé son ZX81, un « vrai » ordinateur avec son langage basic intégré.


La machine coûtait 580 Frs de l’époque ce qui était déjà très cher pour moi, mais abordable en comparaison aux autres micro-ordinateurs de l’époque complètement hors de prix, comme l’admirable Apple 2 qui coutait une fortune en comparaison.


Le ZX81 était bien plus modeste. Un seul kilo octet de mémoire (une photo prise par votre téléphone occupe six mille fois plus de mémoire), un clavier minuscule à membrane (genre toile cirée), un affichage très sommaire sur une télé avec une résolution de 24 lignes de 32 caractères, en noir et blanc forcément. Pas de générateur de son bien évidemment.


Malgré le prix modique il avait fallu convaincre mes parents de faire cet achat dispendieux. "Un ordinateur, mais pourquoi faire ?", me répétait il à chaque fois que je revenais sur le sujet. Et c'est vrai qu'en voyant l’engin, la question pouvait honnêtement se poser.


Je me souviens encore de l’odeur de la boutique de micro-informatique quand nous sommes allés l’acheter. Il y avait une odeur de plastique chaud : l’odeur des ordinateurs branchés en permanence en démonstration. Je me souviens de mon excitation quand le vendeur est parti chercher la boîte et de la jubilation quand il l’a ouverte devant moi. A ce moment, ce ZX81 était assurément pour moi le plus bel objet du monde.


Bien sûr, il n'y avait pas de "moniteur" : le seul écran possible était un téléviseur classique noir et blanc, via la prise antenne. Afin de ne pas mobiliser la télé familiale, nous avions récupéré un vieux téléviseur noir et blanc réchappé, qu’un ami réparateur de télé nous avait offert. Ainsi avait commencé ma carrière d’informaticien. J’avais 11 ans.


J’ai appris seul, avec le livre de basic qui se trouvait dans la boîte. Pas simple, à 11 ans, de comprendre la logique des algorithmes, des boucles et des conditions, des variables et autres subtilités alors que ce sujet était largement encore inconnu par tout le monde. Le ZX81 aura été pour moi le temps de la découverte et des premiers pas.


Rapidement, j’ai voulu acheter une autre machine, pas beaucoup plus performante mais qui ressemblait plus à un vrai ordinateur, avec un vrai clavier : le commodore VIC 20. Cette machine possédait trois fois plus de mémoire, soit 3 Ko au total. Pour cet achat j’avais dû revendre mon précieux ZX81 à un collègue et ami de mon père qui voulait découvrir l’informatique. Trente ans plus tard, il me le rendra en m'avouant n'avoir même jamais ouvert la boîte.



A l’âge de 13 ans, j’ai acheté un ordinateur bien plus intéressant : le Thomson MO5. Mon niveau de programmation s’était bien amélioré et je commençais à développer des jeux vidéo. C’est en voyant certains des jeux vidéos commercialisés que je me suis dit que les miens n'étaient finalement pas si mal.


A cette époque il existait un hebdomadaire ultra célèbre : Hebdogiciel. Ce journal publiait des pages de listings qu’il fallait recopier sur son ordinateur pour pouvoir disposer à prix imbattable de jeux vidéos d’assez bonne qualité. C’était en somme un concept de « jeux vidéo en kit » à monter soi-même. Personnellement, je n’ai jamais eu le courage de taper ces pages de code mais beaucoup le faisaient et apprenaient la programmation de cette manière : le journal était très populaire dans les collèges et lycées.


D'ailleurs dans les cours d'école d'ailleurs, il s'en passait des choses ! Des camarades s'étaient transformés en dealer de copies pirates de jeux vidéos. Contre une pièce de 10 francs vous pouviez lui acheter le dernier jeu pour votre ordinateur. A cette époque, copier un jeu était assez simple : avec un magnétophone "double platine" (deux lecteurs de K7 intégrés), il suffisait de mettre la K7 originale d'un côté, et récupérer la copie de l'autre.


Extrait du listing de mon jeu AMITYVILLE pour Amstrad

A l’âge de 14 ans (l’âge de mon fils aujourd’hui), j’avais eu la drôle d'idée de leur proposer un de mes jeux les plus aboutis, Metallic Man, un jeu d’arcade avec un robot monté sur roulette qui évoluait dans des galeries au milieu de mille dangers. Les roulettes, c’était top pour ne pas avoir à gérer le mouvement des jambes !


Copie d'écran de mon premier jeu vidéo sur MO5

Contre l'avis de mes parents qui pensaient que j'allais au devant de graves désillusions, j’ai envoyé la « cassette » de mon programme au magazine dans une enveloppe timbrée (pas d’internet à cette époque). Pendant quelques semaines, pas de nouvelle. Et un samedi matin, dans la cour de mon collège, un élève me dit : « Y a un gars qui s’appelle comme toi dans Hebdogiciel ». J'étais publié ! Annoncer mon exploit à mes parents restera le plus gros kif de ma vie, et recevoir mon premier chèque à 14 ans, ma plus grande fierté.


C'était décidé : j'en ferai mon métier. J’ai ensuite enchaîné plusieurs autres publications pour Hebdogiciel puis pour le magazine Amstrad CPC.


J'ai acheté d’autres ordinateurs en vendant les précédents. Après le MO5, l’admirable Amstrad CPC 464, qui était génial (et que j'utilise encore avec mes enfants, comme en témoigne cette vidéo), l’Atari 520 STF, le commodore Amiga 500. Je développais en basic, GFA, Assembleur. Ces dernières machines présentaient des capacités graphiques et musicales sans équivalent dans le monde PC à la même époque et au même prix.


Progressivement, mon centre d’intérêt a évolué. Des jeux vidéos, je me suis intéressé au développement d’applications plus sérieuses, comme une application de gestion de notes pour les enseignants. Je me suis aussi beaucoup intéressé au Minitel, en développant différentes applications qui permettait d'utiliser le Minitel comme second écran, sur lequel j'affichais les valeurs de mes variables pour m'aider à débugger. Avoir plusieurs écrans était mon grand rêve à l'époque !


La généralisation du PC a sonné le glas des ordinateurs hétéroclites de marque Commodore, Atari, Dragon, Sinclair et autres. On entrait dans le monde des austères (et très chers) compatibles PC aux tristes cartes graphiques Hercule monochrome. Le monde (encore plus cher) des ordinateurs Apple m'était complètement inaccessible à l'époque. Mon langage de prédilection : le Turbo Pascal de Borland.


Windows n’existait pas encore : il fallait apprendre le DOS pour savoir copier un fichier sur son disque dur de 20 Mo. J'ai utilisé un temps Geoworks qui était un environnement graphique bien plus efficace que les premiers Windows, mais qui n'a pas fait le poids face à Microsoft.


Après des études de MIAGE à Lille, je suis allé faire mon service militaire, dans une base fusilier commando de l'air à Drachebroon (!!), comme "informaticien auprès du commissaire de la base". J'ai pu y exercer les métiers de secrétaire / dactylo / coursier / homme de ménage / garçon café / chargé des photocopies. A ce titre, le service militaire fut un moment hors du temps et hors de toute logique humaine que j'ai racontée en détail et sans concession dans un livre intitulé "Certificat de bonne conduite".


De retour de l'armée, je me suis réhabilité à la vie civile avec un DESS en gestion de projet à l'IAE de Lille. Puis je suis entré directement dans la grande famille Bouygues, au siège du Groupe à Guyancourt, dans l'équipe AUDIT interne informatique dirigé par Gabriel Durget à qui je dois beaucoup en approche, en compréhension des entreprises, en savoir faire et en savoir être.


Après un passage rapide chez COLAS, j'ai rejoint en 2000 Bouygues Telecom, alors toute jeune entreprise, qui venait de déployer son premier intranet Wooby quelques semaines auparavant.


Mon bureau en 2003, mes ordinateurs, mon cahier et mon agenda papier, un autre temps


Ca tombait bien ! Le Web commençait à percer et le sujet me passionnait. C'était encore le temps des modem 56 bps, mais il était évident que ça allait tout changer. Pour mes loisirs, je continuais à développer, mais cette fois ci en HTML, en PHP / MySQL,Javascript. J'avais développé un CMS (application de gestion de contenu) pour réaliser des sites internet plus rapidement et plus simplement : les solutions comme WordPress n'existaient pas encore et/ou étaient trop complexes pour mes utilisateurs. Son nom : Coopy (lire le mode d'emploi).

Progressivement, j'ai pris la responsabilité de la petite équipe du Pôle intranet au sein de la DSI. C'est à partir de ce moment que je me suis passionné pour les opportunités du digital interne dans les entreprises, notamment avec SharePoint que nous avions déployé chez Bouygues Telecom dès 2001 - il y a 22 ans.


Main dans la main avec la com' interne, dans une relation "agile" dont le concept n'existait pas encore, nous avons conçu les différents intranets de l'entreprise, orientés communication et surtout métier. Notre objectif : apporter de l'efficacité à toute l'entreprise (en plus de la mission de communication). Nos efforts ont porté leurs fruits puisque nous avons régulièrement décroché des prix français et internationaux (prix Cegos, Nielsen Norman Group, etc).


Et puis, sous l'impulsion d'Yves Caseau, aujourd'hui DSI de Michelin, nous avions déployé en 2010 l'un des premiers Réseaux Sociaux d'Entreprise, baptisé Wooby Network. Ce RSE reposait sur SharePoint enrichi d'un composant Newsgator. Ce fut pour moi la découverte de nouveaux scénarios de travail, sans mail déjà à cette époque, dont je parlais déjà dans cette vidéo publiée il y a 9 ans : une expérience qui me sert encore aujourd'hui pour aider les entreprises dans leur transition. Wooby Network, avait d'ailleurs joué un rôle important dans le lancement de l'offre 4G de Bouygues Telecom en 2011 dans un climat de guerre commerciale entre les quatre opérateurs, comme décrit dans cette page.


Pendant mes 15 années chez Bouygues Telecom, des collaborateurs avaient répondu à mes annonces dans l'intranet Wooby dans lesquelles j'indiquais rechercher de vieux ordinateurs des années 1970 à 1990. C'est ainsi que j'ai pu me constituer la collection que vous pouvez découvrir en cliquant ici.


En 2015, j'ai quitté Bouygues Telecom pour commencer une nouvelle carrière. Je suis maintenant consultant en transformation digitale interne chez Abalon. Je découvre chaque jour, fasciné, les possibilités offertes par Microsoft 365 et dont nous n'aurions jamais oser imaginer il y a encore quelques années, mais dont je rêvais quand j'étais gosse, notamment avec l'avènement de l'IAG avec Copilot. Je partage cette fascination au travers de livres et de mon site https://www.digital-inside.fr.


De temps en temps, je regarde mon bureau : ce double (!) et large écran posé dessus, mes différents ordinateurs posés devant, l'iPad et le smartphone posé à côté. Je regarde affichés sur mes écrans, mes équipes Teams, mes Planner, et autres To Do qui me servent à gérer mon activité. Je repense à mon ordinateur de bois et de carton, à mon ZX81 que je conserve pas très loin de moi, et je mesure le chemin parcouru, avec l'étrange sensation qu'en fait, l'aventure ne fait vraiment que commencer.



 

Vous aussi, vous voulez raconter vos premiers émois informatiques avant les années 1990 ? Vous souhaitez partager vos anecdotes sur les grandes révolutions de l'informatique ? Contactez moi pour que nous en parlions.

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